« À quoi bon écrire ? Tout a déjà été fait ! »

L'homme le plus classe du monde

Ahhh, grande problématique que celle-ci ! Dans ses heures de doutes et de dépit, l’auteur de fantasy peut se dire « À quoi bon écrire ? De nos jours, tout a déjà été fait ! ». Vous pensez que la question est contemporaine ? Détrompez-vous ! Elle hantait vraisemblablement les artistes du siècle passé. Mais plutôt que d’y répondre moi-même, je vais plutôt citer quelqu’un de plus malin que moi – et aux petits marrants qui diraient « Ça c’est pas difficile », je répliquerai « Ouah l’aut’ eh, même pas vrai d’abord ! ».

Bref ! Trêve de déconnades, car l’homme dont je vous parle n’est rien de moins que J.R.R Tolkien, qui a formulé son point de vue dans son essai sur les contes de fée, probablement entre 1939 et 1947, soit entre la rédaction du Hobbit et du Seigneur des Anneaux.

 

Art. L122-5 – Droit à la citation. Du conte de fées, par J.R.R Tolkien, traduit de l’anglais par Christine Lafferière. Christian Bourgeois éditeur, 2022.

L’étudiant peut facilement éprouver que, en dépit de tout son travail, il ne récolte que quelques feuilles (pour beaucoup déchiquetées ou en décomposition) de l’innombrable feuillage de l’Arbre des Contes, dont est jonchée la Forêt des Jours. Il semble inutile d’ajouter à ce tapis de feuille. Qui peut en concevoir une nouvelle ? Il y a bien longtemps que l’homme en a découvert tous les modèles, du bourgeon jusqu’à la fleur, et toutes les couleurs, du printemps jusqu’à l’automne. Mais ce n’est pas vrai. La graine de l’arbre peut être replantée dans presque n’importe quel sol […]. Bien entendu, le printemps n’est pas réellement moins beau parce que nous avons vu ou entendu parler d’autres évènements similaires – similaires, jamais d’un évènement identique, depuis le commencement jusqu’à a fin du monde. Chaque feuille de chêne, de frêne, ou d’aubépine est une incarnation unique du modèle, et, pour certaines, elles peuvent même être, cette année, l’incarnation unique, la première jamais vue et reconnue, bien que les chênes donnent des feuilles depuis des générations et des générations d’hommes.

Nous ne désespérons (ou ne devons pas désespérer) de dessiner parce que tous les traits doivent être soit courbes, soit droits, ni de peindre parce qu’il n’existe que trois couleurs « primaires ».