Salutations !
Vous apprendrez qu’à part en ma propre plume, je ne crois en rien – ni religion passée ou présente, ni gnose ou théisme, ni alchimie, astrologie, divination, pas plus qu’aux pouvoirs des ch’tits cailloux qui brillent, aux fantômes, ou aux rêves prémonitoires ; j’ai, en certaines occasions, été tenté de croire en la gravité (pas la pesanteur, mais celle dont parlait Dio Brando à Enrico Pucci dans la meilleure partie de JJBA), mais ce n’est pas le sujet ! Ce que je voulais dire, c’est que même si je ne crois en rien, toutes ces choses me fascinent, car elles touchent aux histoires, à l’imaginaire, au langage des symboles ! Et ceux qui ont lu mes récits connaissent mon affection pour ces thématiques. Adonc, j’ai souhaité consacrer un article sur la façon dont j’ai émaillé ma nouvelle Yggdrasil (issue de mon recueil Les Mets Immortels) de références aux arcanes du tarot – accentuant, je l’espère, son parfum de fable initiatique.
Je précise que ce que je sais du tarot se limite à quelques recherches sur Wikipédia ou sur Google, ainsi qu’aux jeux Shin Megami Tensei et Persona. Je ne me pose pas en expert, et ma messagerie est ouverte aux réponses incendiaires. Sur ce, commençons sans tarder !
Oh, bien sûr, si vous n’avez pas encore lu Yggdrasil, mieux vaut attendre de l’avoir fait avant de parcourir ce billet.
Mâche-laurier, avant tout ; dans sa tunique rouge recouverte d’un manteau bleu, il arbore les attributs de la Papesse – celle qui, introspective, apprend et médite à ses enseignements. Dans une scène de la nouvelle, on le retrouve en serrant dans ses bras sa cithare, tout en tournant la tête en direction de sa lyre, singeant par-là la posture de l’Amoureux, dont le cœur et le regard sont orientés vers des femmes différentes. Il est bon de se souvenir que Mâche-laurier a donné des prénoms à ses précieux instruments : Eurydice pour la lyre, Aglaonice pour la cithare.
Maître Loge, dont les habits évoquent à la fois ceux d’un jongleur et ceux d’un prince, personnifie le Mat. Il semble évanescent, hors d’atteinte ; sa vraie nature est impossible à déterminer, et il est constamment en voyage. Maintenant que je l’écris, j’ai l’impression de parler de Maetel au masculin – alors que la Dame Aglaonice est beaucoup plus Leijiesque que lui ; enfin, il faut en déduire que Leiji Matsumoto m’inspire en profondeur.
Aglaonice, dans ses bijoux, ses vêtements, ou sa manière de consulter le ciel, correspond quant à elle la Lune ou l’Étoile ; introspection et sagesse secrète pour l’une, illusion autant qu’espoir pour l’autre. Lors d’un moment de répit, la dryade maintient la bouche du chat Moon ouverte avec deux doigts – ainsi que la Force le fait avec un lion. Puis, à la façon de la Tempérance, elle coupe l’eau avec du vin. Voyez ; ses us abscons n’étaient pas tout à fait gratuits, et j’ai voulu laisser transparaitre de la sorte les vertus qui animent notre Dame. Sous la tempête, alors qu’Aglaonice est en proie à ses affres, Desmon lui confiera son manteau, et Numë son chapeau ; ainsi habillée, la dryade portera d’autres attributs de la Force. Dans l’épilogue, Aglaonice revêt les ornements de l’Impératrice – je l’ai désiré ainsi comme un témoignage de son accomplissement.
Numë, avec son tablard bariolé en damier et son large feutre, pastiche le Bateleur – tel un novice, au début de son voyage, qui aurait encore devant lui mille chemins possibles. Il possède néanmoins un bouclier armorié d’un phénix, attribut de l’Empereur, preuve d’une volonté inflexible et d’une expérience réelle. Plus tard dans le récit, il grimpera sur le Chariot, tiré par la jument nommée Justice, dominant dès lors ses peurs et ses sentiments pour venir au secours de son ami Desmon. Ensuite, vêtu d’un manteau sombre et levant haut son épée comme un fanal, afin de guider ses compagnons dans la tempête, il symbolisera l’Hermite. Oui, l’arcane s’écrit avec un H. À la fin de l’histoire, pour faire face au dragon Albéric, il se nimbera d’ailes enflammées – transcendé, il sera le Jugement ; autrement dit, le réveil, la guérison, la révélation intérieure…
Desmon revêt un tablard à celui de son comparse – à ce titre, lui aussi est un peu Bateleur. Toutefois, sa cape rouge et la croix décorant sa rondache se rapportent à l’arcane du Pape. Maître de ses émotions, pourvu d’un certain recul et d’un caractère moins anxieux que Numë, Desmon se comporte donc en ami et en conseiller. Ses mésaventures l’amèneront à se retrouver pendu par les pieds, à l’instar du Pendu. Une situation qui ne l’anéantira pas, puisque même suspendu à l’envers, il défiera son mortel adversaire avec panache ! Une épreuve qui ne l’empêchera pas d’étinceller comme le Soleil, lorsqu’il affrontera Albéric. C’est pour ça qu’il est torse nu et qu’il porte un pendentif de corail – d’après ce que j’ai lu, cette symbolique est liée à ladite lame.
Tout au long d’Yggdrasil, la compagnie sera hantée par une liche. Après l’avoir terrassée, Numë récupèrera son casque : un nom effacé, accompagné du nombre XIII. Il s’agit bien évidemment de l’Arcane sans nom, la treizième lame du tarot, parfois appelé « La Mort ». Quoi qu’il en soit, le fait est que Numëdrym se confronte au spectre de la Mort, pour s’en trouver grandi.
Notons au passage que Mìrhod, le Dieu du Temps et du Destin, est représenté comme une roue – eh oui, la Roue de Fortune. Car le sort peut vous bénir pour vous broyer après, et que les plus illustres civilisations deviennent poussière. La Tour des Malevogues, observatoire miraculeux ouvrant la porte à la compagnie vers le dernier acte – Damnation ou Salut ? – est assimilable à la Maison-Dieu.
Enfin, Albéric, parangon de réussite, trône haut et fier au cœur d’une mandorle – il a été maître du monde, voici qu’il est le Monde. Pour pousser le bouchon, par son avidité, sa duplicité, et ses ambitions envers les royaumes et les choses terrestres, on pourra éventuellement l’associer au Diable.




