Des clichés en fantasy ?

Les clichés en fantasy

On entend trop souvent les gens résumer (ou associer) le genre de la fantasy à des clichés. Ceux qui tiennent de tels propos ne comptent pas parmi les plus sages. En fait, prétendre que la fantasy est plus « cliché » qu’un autre genre est au mieux de l’ignorance, au pire de l’hypocrisie.

Comment ça, ça vous suffit pas ? Bon…

De l’hypocrisie, parce que je ne vois pas en quoi la fantasy serait plus codifiée que le policier, le slasher, l’espionnage ou la romance. Au contraire, si je devais véritablement émettre l’hypothèse (fautive ?) que « tout a déjà été fait » dans certains types de fictions, je penserais aux catégories précitées plutôt qu’à celles de l’imaginaire.

De l’ignorance, parce que si vous ne considérez que les fan-fictions Wattapad ou la dernière soupe d’isekai à la mode, il y a de fortes chances pour que vous tombiez sur des histoires peu inspirées. Mais honnêtement, rien que dans la littérature, Le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien, Les Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett, Terre Mourante de Jack Vance, ou La Dernière Licorne de Peter S. Beagle, Conan de Howard, La Horde du Contrevent de Damasio, vous n’aurez jamais la sensation de lire la même chose ! Alors certes, oui, Pratchett détournait des codes peut-être trop répandus du genre, mais en fait, il touchait à tout : le Guet d’Ankh-Morpork pastichait le film noir, par exemple. Et l’Assassin Royal offre encore un ressenti différent, parce qu’il est particulièrement chiant.

Côté cinoche, Le Seigneur des Anneaux et Conan le Barbare (oui, encore ceux-là) auront un parfum différent ; Excalibur n’est tout à fait comparable ni à l’un, ni à l’autre, tout comme Princess Bride et Starlight sont dans un autre registre. Je n’ai même pas besoin de citer Game of Thrones, vous connaissez déjà – cela dit, l’énorme succès de la série a peut-être (re)lancé la mode de la dark fantasy sulfureuse. Mais comme je vis au fond d’une grotte, je ne saurai l’affirmer avec aplomb.

Parlant de ça, y’a de la crasse, des rapts et des viols dans des histoires de dark fantasy comme Berserk, Gagner la guerre, ou Horde, mais là, cette violence est inhérente à un contexte souvent guerrier ; tout comme vous n’irez pas voir un film de Tarantino en espérant des Bisounours. Ou alors tu aurais un Bisounours noir incarné par Samuel L. Jackson, mais je digresse. Tenez ! En dark fantasy, l’excellent Albéric, ou le dragon au sommet écrit par l’illustre De Sealand *kof kof* conserve un ton crépusculaire sans perdre une certaine chatoyance ni verser dans les extrêmes mentionnés ci-avant, donc je vous recommande vivement d’y jeter un coup d’oeil !

L’usage d’archétypes, de ficelles, ou de lieux communs n’empêche pas un résultat grandiose : les OAV des Chroniques de la Guerre de Lodoss (les 13 épisodes de 1991, hein ! J’insiste là-dessus) restent à ce jour un petit bijou, quand bien même ils baignent totalement dans le classicisme de Donjon & Dragon.

Rien que pour vos yeux.

D’aucuns citeront les jeux vidéo, tels que les Dragon Quest – alors oui, on peut parfois déplorer que le scénario tienne sur un timbre-poste, mais qu’importe ! Le scénario sert ici le gameplay, prétexte à une longue aventure pleine d’exploration. Et ce qui fait l’universalité de l’excellentissime saga Zelda (Zelda, c’est la vie), n’est-ce pas son aspect essentiel ? Toutefois, ce n’est pas une raison pour faire n’importe quoi non plus. Le scénario de Fire Emblem Fates est naze, mais le jeu est sauvé par son gameplay et par Camilla.

C’est bon, vous suivez toujours ?

Comprenez-moi bien : je veux bien croire qu’il y ait des tas d’écrivains peu inspirés dans la littérature merveilleuse – moi-même, j’essaye à mon niveau de surprendre, de ne pas tomber dans ce qui de mon point de vue serait des clichés – mais le manque d’inventivité n’est pas tant imputable au genre qu’à l’auteur. À lire certains messages sur les forums Internet, ton roman de fantasy est « pas original » si ton personnage a une épée et s’il y a un antagoniste. À ce compte-là, ton polar il est cliché parce que le flic a un flingue et qu’il pourchasse un meurtrier. Soyons sérieux.

Petite note : sur le Web anglophone, il existait, une dizaine d’années auparavant, toute une galerie d’articles nommés « Limyaael’s rants », qui traitaient de clichés effectifs & autres maladresses que commettaient les jeunes auteurs de fantasy, mais hélas lesdits articles ont disparu dans les limbes.

Bref ! Si vous êtes un lecteur et que vous avez encore des idées reçues sur les possibilités ou l’originalité de la fantasy, lisez mes livres. Vous changerez d’avis, promis. Si vous êtes un auteur, cherchez avant tout à écrire selon vos propres attentes, et pas selon ce qu’untel sur Internet aura qualifié de cliché. Bon, par contre, vous pouvez faire mieux qu’un isekai ou qu’un garçon « ordinaire » qui découvre soudainement un pouvoir, hein. Malgré tout, j’aime beaucoup KonoSuba. Et si – admettons – vraiment vous tenez à faire du convenu avec une histoire d’élu de la prophétie, tâchez de le servir à votre propre sauce. Le fantastique jeu vidéo Tales of Symphonia, le film Matrix ou la trilogie du Guet de Pratchett arrivent à raconter des choses intéressantes, avec ce concept pourtant sur-utilisé.

Petite autopromotion pour les Mets Immortels : nombre d’animés, et même la série Batman de 1992, contiennent un épisode où le héros se retrouvera prisonnier du rêve d’un monde idéal, où les êtres chers ne sont jamais décédés. Cette formule peut, je suppose, alors être considérée comme cliché. Pourtant, je n’ai pas résisté à l’envie de la cuisiner à ma façon dans la nouvelle Onéiromante.

Z’avez vu, j’ai pondu un billet sur les clichés sans aborder la question du « monomythe » de Campbell. En même temps, je n’ai jamais lu son bouquin.

Skeletor vous parle de clichés