Courrier des lecteurs #3 – Conseils d’écriture ?

Plop ! Commençons sans tarder notre troisième session de réponses à vos questions. Je rappelle que vous pouvez me contacter sur n’importe quel réseau social, ou même sur ma boîte email si vous le souhaitez ! Et je rappelle également qu’il y a du nouveau dans mes livres. Du reste, vous pouvez retrouver les précédentes sessions ici et .

“As-tu fait une école particulière, ou suivi des cours, pour l’écriture ?”

Une licence poétique et un MASTER of obvious.

Non, et honnêtement je pense que c’est une grosse arnaque. Je ne voudrais pas me comparer à des légendes, mais est-ce que vous imaginez Tolkien ou Dumas prendre des cours pour faire un roman, vous ? Un peu plus proche de nous, il y a Alain Damasio ou Jean-Philippe Jaworski, par exemple – et sans connaître les auteurs, je mettrais ma main à couper au feu (si, si !) qu’ils n’ont pas suivi de cours spéciaux non plus. Du point de vue d’un profane, assister à ce genre de classe risque juste de vous enfermer dans un carcan ; alors cela présente peut-être un intérêt pour les scénaristes, j’admets ne pas le savoir, mais gagez bien qu’écrire un roman et qu’écrire pour le cinéma sont deux choses différentes.

“As-tu des conseils, pour l’écriture ?”

Ah, voilà une vaste (et vague) question ! Certes, j’ai l’impression que maints romanciers en devenir demandent souvent des conseils, parfois même avant de débuter. Si vous cherchez à briller sur les réseaux sociaux et à faire un livre « qui se vend », vous avez frappé à la mauvaise porte. Je ne pourrais pas non plus vous enseigner comment écrire au même rythme que Stephen King ; je ne vais pas me mettre à vous recommander la cocaïne, tout de même !

Que les choses soient claires : l’écriture demande du temps, et si vous partez du postulat que c’est une tâche à optimiser en mode speedrun ou travail de bureau, que vous sollicitez des techniques de professionnels pour minimiser les écueils et arriver le plus vite possible à la case publication, vous allez me faire le plaisir de foutre le camp devoir remettre les choses en perspective. « There is no easy way out », comme disait Sa Majesté Rocky le Quatrième. Vous, vous n’êtes pas Rocky : vous n’aurez pas droit au montage musical.

Revenons à nos moutons. Si vous désirez écrire, c’est probablement que vous avez déjà au moins une petite idée en tête, ne serait-ce qu’un cadre voire un personnage. Commencez par là, pour essayer, même sans filet, et vous verrez bien ou ça vous mènera ! Comme dit le proverbe, « c’est en sciant que Léonard de Vinci ». Lorsque j’ai débuté la rédaction d’Albéric, au début des années 2010, je suis parti avec la simple volonté de faire vivre des aventures à son protagoniste crapuleux. Cosmos Stultus et le royaume de Solestis, en ce temps-là, étaient encore à l’état de prototypes, et se sont développés au fil de l’écriture et des réécritures.

En outre, vous pouvez noter toutes vos petites idées sur une feuille volante ou un document Word, par exemple, puis tenter de les classer et de les arranger pour dessiner une première trame – où vous pourrez faire progresser vos personnages. D’aucuns suggèrent de faire de fiches de personnages ; personnellement, je n’en ai jamais eu besoin. Pour une frise chronologique, un fichier Excel avec des cases colorées peut suffire. Une petite astuce, au passage : soyez attentifs à la musicalité du texte.

Aparté : le terme très à la mode ces dernières années est « world building ». C’est tout un sujet, que je n’aborderai pas aujourd’hui. Toutefois, sans nier qu’il s’agisse d’un élément important en fantasy, je vais pasticher une citation de Henri-Georges Clouzot et dire : « Pour faire un livre, premièrement une bonne histoire, deuxièmement une bonne histoire, troisièmement une bonne histoire ». Avoir un socle stable, c’est une très bonne chose, mais personne ne vous dira « ce que j’ai préféré, quand j’ai visité la Statue de la Liberté, c’est son socle ! »

Retenez aussi que je ne me présente pas comme une figure d’autorité en la matière, que les écrivains ne sont que des humains avant tout, et qu’étant tous différents ils ont chacun leur manière de procéder ; pas de recette universelle, donc. Mais je vais m’arrêter là, avant de me non-déboîter l’épaule à force d’enfoncer des portes ouvertes.

Ah, si, une dernière chose, très importante : « si tu veux déplacer une montagne, commence aujourd’hui. »

N’oubliez jamais la première qualité d’un artiste : LA DÉTERMINATION. Viennent ensuite la sincérité et la rigueur.

Post-scriptum : oubliez tous vos fantasmes et vos illusions sur les éditeurs, les libraires ou les médiathèques. Vous risqueriez d’être déçu.

“Suis-je fait pour écrire ?”

Celle-ci, je la tire de mon futal. Non, mais attendez, partez pas, c’était une image. En vérité, je voulais faire une sorte de post-scriptum à la précédente question. Et cette fois, c’est à mon tour, de vous questionner – eh ouais, interro surprise ! On fait plus les marioles, hein ?

Alors :

  • Est-ce que vous pensez que succès et talent (ou qualité d’écriture) sont liés ?
  • À plus forte raison, est-ce que vous pensez que le talent et l’accession à l’édition sont corrélés ?
  • Êtes-vous impressionné par le nombre de suiveurs d’un auteur X ou Y sur les réseaux ?
  • Si vous n’avez pas de bêta-lecteur, vous découragerez-vous ?
  • Si vos proches ne croient pas en vous ou ne comprennent pas votre projet, vous découragerez-vous ?
  • Si vous n’avez aucune interaction sur les réseaux, ou aucun avis sur les sites spécialisés, vous découragerez-vous ?
  • Si lors d’un salon, vous ne faites aucune vente, vous découragerez-vous ?
  • Avez-vous peur du ridicule ?

Si vous avez répondu « oui » à la moindre de ces questions, vous redoublez, désolé. Bon, d’accord, le titre que j’ai donné à cette section était un peu stupide, mais je voulais simplement insister sur le fait qu’il ne faut pas se laisser impressionner par les palmarès, et persister dans son art contre vents et marais. Vous savez, personne ne croira en vos rêves à votre place. Et si vous n’y croyez pas vous-mêmes, faites semblant d’y croire jusqu’au jour où vous finirez par y croire vraiment.

En revanche, si vous utilisez l’écriture inclusive, que le mot « banger » (beurk) fait partie de votre vocabulaire, ou que vous employez au premier degré des termes comme « red flag » ou « trigger warning », il serait peut-être préférable que vous vous tourniez vers une activité moins cérébrale.

“Comment enrichir mon vocabulaire ?”

Pour être le plus concis possible, je dirais que le mieux c’est l’éclectisme, tout en gardant ses yeux et ses oreilles ouverts. Intéressez-vous à des livres, films, animés ou jeux vidéo d’époques, de style et de tons variés, et vous découvrirez sans doute des mots, tournures ou expressions colorées qui vous serviront. Par-dessus tout, n’hésitez pas à utiliser les dictionnaires de synonymes : ici et .

Enfin, je peux vous recommander la lecture d’une ou deux nouvelles de San Antonio, ainsi que du Capitaine Fracasse de Théophile Gautier. Avec ces deux extrêmes, vous aurez une bonne idée de toute la richesse que peut offrir la langue française !

“Des conseils, pour nommer ses personnages ?”

Ah ouais, ça, aussi, ça peut vite devenir pénible – trouver un nom, quoi. Nous avons par exemple la technique ancestrale du : « je traduis un terme correspondant à un trait de caractère du personnage dans Google Trad vers une langue exotique, et je vois ce que ça donne ». Et encore, il n’est même pas obligatoire que le mot colle au personnage en question ! J’appelle ça « la technique de Toriyama » : la grande majorité de ses personnages ayant des noms de bouffe ou de sous-vêtements.

Ensuite, il y a les noms légendaires ou mythologiques, plus ou moins célèbres, qui peuvent bien passer… Tolkien a par exemple repris les noms des Nains de l’Edda pour nommer les siens.

Attendez, vous savez quoi ? Plutôt que de faire une simple énumération, je vais citer des exemples maison. Au pire, si ça ne vous plaît pas, vous saurez qu’il faut pas le faire chez vous :

Albéric : Alberich est le fameux Nibelung malveillant de la Chanson des Nibelungen.

Mavregarm : « Mavros » pour « noir » en grec. « Garm » est un loup de la mythologie nordique.

Clyméris : La combinaison de Clytemnestre et d’Éris. Prompte à semer la discorde.

Hilmerion : La combinaison de « Hilasmus » et de « Therion » – si ma mémoire ne me fait pas défaut. À l’époque où j’avais fait des recherches, j’avais lu que c’étaient deux étoiles de la constellation du loup, mais comme je n’ai jamais retrouvé ces informations, elles étaient sans doute erronées. Quoi qu’il en soit, le résultat me convient. Chercher un nom dans les étoiles peut être une solution.

Bellamy : Bel ami. Un nom qui sied au côté séducteur du duc.

Aguarès : Le nom d’un démon. Afin de mettre en exergue l’aspect peu sympathique de sa lignée.

Velladonne : Dérivé de belladone, une plante empoisonnée. Méfiez-vous de la jolie maman d’Albéric.

Stryknin : Pour « strychnine ». Un Solren a l’aspect démoniaque. D’une manière plus générale, je me suis plusieurs fois inspiré de plantes ou de poisons pour nommer mes personnages.

Vénéfice : On peut aussi employer un peu ancien ou inusité. Vénéfice étant le contraire de « bénéfice » (donc, on est plus au moins dans la malédiction), ça colle plutôt bien au vieux médecin un peu glauque de la famille des Mörker. Exemple plus parlant, il y a Malemort. Et dans Les Mets Immortels, vous rencontrerez Lendore et Mâche-laurier !

Théodomir : Nom d’un ancien chef Franc. Je l’ai utilisé pour le roi de Solestis.

Palone : Päron veut dire « poire » en suédois. Non pas que Palone soit une poire – mais à l’époque où je lui cherchais un nom, j’ai dû trouver ça amusant et mignon.

Paryna : Sœur de Palone. Päärynä veut dire « poire » en finnois.

Caeleyos : Un monarque, certes assez secondaire. Dans mon univers, « Caeleil » est le nom du soleil. Il est donc envisageable de donner à vos personnages des noms en rapport direct avec votre diégèse. C’est tout de même plus joli de dire diégèse que lore, non ?

Célal, Céladès et Célazar : Personnages tertiaires, cousins d’Albéric. Fils de Céladon, et petits-enfants de Célazar l’Ancien. Le point que j’aimerai mettre en lumière ici est l’astuce d’appuyer leur filiation par une syllabe commune. Voilà voilà.

Ah, vous pouvez aussi faire reposer certains noms sur des jeux de mots. Pour le Seigneur-Liche Zagûl de Zhurç, ça coule de source.

Pour conclure, je vais maintenant vous fournir une ressource absolument indispensable pour trouver des noms : hop !

Voilà qui termine la session du jour. Je vous quitte avec cette petite vidéo rigolote.

À la prochaine fois,

AdS