Ah que coucou !
Lorsqu’on pratique le noble art de l’écriture, il y a deux questions qui reviennent régulièrement. La première est « Quand/comment avez-vous commencé à écrire ? » – à cela, j’ai déjà répondu dans cet article.
Ensuite vient la question de l’inspiration – « ça mérite son propre article » ai-je jadis dit. Vieux motard que jamais, voici donc un bref échantillon absolument non exhaustif des œuvres qui ont pu façonner ma plume.
LES JEUX VIDÉO
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai une appétence pour la fantasy – et s’il est une œuvre primordiale que je ne peux pas taire, c’est bien le jeu vidéo The Legend of Zelda : Ocarina of Time que j’ai découvert sur Nintendo 64 quand j’étais enfant. C’est peut-être là que tout a commencé, tiens…

Je pourrais bien sûr enchaîner en parlant du sublime et mélancolique The Legend of Zelda : Wind Waker, ou du souffle épique de Twilight Princess, mais me cantonner à la saga Zelda serait trop facile ! Ainsi, deux autres titres surgissent de mes souvenirs : Tales of Symphonia sur Gamecube, sans doute mon premier vrai RPG en dehors de Pokémon, et Castlevania : Dawn of Sorrow – mon premier Castlevania. Pourquoi ces deux-là en particulier ? Eh bien, ces jeux fourmillent de magie, d’armes enchantées et variées, d’invocations, de références mythologiques en pagaille, et surtout, d’un bestiaire incroyable ! En outre, ceux qui ont joué aux Castlevania de la DS (ou à Symphony of the Night) savent que cette saga offre des environnements mêlant la beauté au macabre. Une teinte que j’ai tâché d’appliquer à Cosmos Stultus.

Dans l’illustre la lignée des jeux pleins de magiciens, des Wyvernes, d’épées légendaires, des sorciers maudits et autres chevaliers-pégases, notons Fire Emblem sur GBA – officieusement appelé « Fire Emblem 7 ».
Il y a un titre majeur à mentionner, sans lequel Albéric n’aurait sûrement pas existé. Chrono Trigger. Eh oui : un ministre, avec de longs cheveux bruns, toujours à éclater d’un rire maléfique, à ourdir des plans pour renverser la reine, et doté d’un égo surdimensionné – le personnage qui m’a inspiré pour la création d’Albéric, c’est Dalton !
Quant aux îles flottantes du Royaume de Zhyle, avec celles de Baten Kaitos sur Gamecube, elles me donneront envie d’imaginer Akimelias.

L’idée m’est venue en jouant à la version HD de Dragon Quest II. Dans le jeu, les démons envahissent le monde des humains. Et j’ai réfléchi à ce qu’il se passerait si, une fois le boss de fin vaincu, le passage dimensionnel restait ouvert et que les humains se mettaient à envahir les démons en retour.
LE CINÉMA
La trilogie cinématographique du Seigneur des Anneaux, dès que j’ai été en âge de la regarder et de l’apprécier, ça a été une claque. Je n’ai pas besoin d’en dire plus, puisqu’il s’agit des meilleurs films de tout le temps. Sans contredit, la fantasy contemporaine doit énormément à l’adaptation de Peter Jackson.
Je peux évoquer rapidement Conan le Barbare, aussi visionné avant que je ne débute l’écriture, mais je ne pense pas qu’il m’ait tant influencé à ce moment-là. S’il m’est arrivé de reprendre certains clichés du barbare (« Ventrebleu ! Il a dit « cliché », le félon ! ») c’est plutôt dû au Donjon de Naheulbeuk, qui lui-même parodiait Conan, entre autres.
En revanche, les années 2010 ont connu un essor de la dark fantasy avec la série Game of Thrones ; je n’avais alors jamais vu ou lu d’œuvres comparables, et cela a probablement causé (en partie) la transformation des premiers jets d’Albéric en quelque chose de plus sérieux, voire, pour utiliser un gros mot galvaudé, « réaliste », disons ?
Évidemment, au cours de la bonne dizaine d’années que comportaient l’écriture, la réécriture et la relecture de mes romans, j’ai vu nombre de films. Les premiers titres qui émergent, parmi ceux qui ont pu avoir une incidence sur ma sensibilité artistique, sont Excalibur de John Boorman (un must), Vampire Hunter D, et sa suite Vampire Hunter D Bloodlust. Nous en revenons donc au merveilleux, à la fois sensuel et sombre, mélangeant avec maestria paysages grandioses et incarnations sinistres !
Yggdrasil, une nouvelle des Mets Immortels, a pu être vaguement influencée par un film que j’aime et que je recommande à tout auteur : La Dernière Licorne, par Rankin & Bass.

LES DESSINS ANIMÉS
Ulysse 31 aura vraisemblablement conditionné un certain goût pour les Hommes perdus face à l’immensité, se confrontant à des forces qui les dépassent, ainsi que pour une esthétique très particulière. Sur des feuilles volantes où je couchai des embryons d’idées, j’ai gribouillé une ou l’autre fois « … comme dans Ulysse 31 » à côté d’iceux. C’est un dessin animé qui m’a marqué dans mon enfance (notamment avec l’épisode de Sisyphe !) et qui m’émerveille autant à ce jour. Son influence dans Les Mets Immortels n’est pas anodine. Remarquez au passage que le générique du début enseigne comment aimer votre dulcinée : « avec son coeuuur… avec ses mains ! »

Entre deux chapitres de manigances, de pillage de tombe ou de batailles sanglantes, Albéric contient son lot de moments de bravoure, ainsi que des affrontements homériques qui ont un aspect « shonenesque » assumé. De fait, je ne vais pas celer l’impact d’Hokuto no Ken ou de Saint Seiya. Est-ce que Llyr manie en fait le Hokuto Shinken ? Est-ce qu’Aëryne a bâti son sanctuaire en lorgnant sur celui d’Athéna ? Allez savoir !
LES LIVRES
Ouais, parce que non seulement j’écris, mais des fois, je lis ! Ça vous la coupe, hein ?
L’un des livres incontournables de mon adolescence a été le recueil Terre Mourante, de Jack Vance. Les descriptions fantasmagoriques, et les sortilèges aux noms ouvertement emphatiques, je les tire de là ! Je me dois en sus de mentionner la Couette de l’Oubli, des romans du Donjon de Naheulbeuk, par John Lang. Forcément, comme chaque geek trentenaire, Naheulbeuk fait partie de ma culture, et les toutes premières versions d’Albéric versaient clairement dans un humour léger et absurde – en fait, le premier texte que j’ai rédigé (un .docx écrit en 2010 ou 2011, inédit, traînant dans les tréfonds de mes disques durs) était de cette teneur.
Quid du Disque-Monde, me demanderez-vous ? En vérité, j’avais déjà terminé les premiers chapitres d’Albéric, lorsque j’ai découvert l’inénarrable Terry Pratchett. Toutefois, pour l’anecdote, il m’aura influencé préalablement, d’une autre façon. Je suivais, à l’époque, sur un forum, une fan-fiction que j’estimai rudement bien écrite – dont la plume de l’auteur devait beaucoup à celle de Pratchett.
Au lycée, la lecture de Ruy Blas, par Victor Hugo (plus connu sous le nom de Totor), a pu susciter la création du sénéchal d’Albéric. Certes, on apprend au début de la pièce que le cruel Don Salluste (personnage albéricien s’il en est) a eu un mentor en fourberie, Gudiel. Alors, je me suis demandé si Albéric n’avait pas, lui aussi, un mentor ou un précepteur. En creusant la question, j’ai fini par créer Mavregarm de Vegace.
Pour ce qui est de l’utilisation généreuse de l’imparfait du subjonctif et de la belle tournure de phrase à l’ancienne, la faute en incombe au Capitaine Fracasse, de Théophile Gautier. (« Quoi ? Ils ont adapté le film avec Jean Marais en bouquin ? ») D’ailleurs, je l’ai déjà conseillé dans un article précédent, comme un livre de référence pour se figurer toute la richesse de la langue française. Mais personne ne vous jugera si vous lisez les descriptions du mobilier ou des robes en diagonale, hein !
La Légende du Roi Arthur par Jacques Boulenger emploie des formulations et une imagerie médiévale. Je me suis permis d’en faire autant, lorsqu’il fallait conférer une patine chevaleresque à telle scène. Et puis d’une manière générale, qu’y a-t-il de plus palpitant que des histoires de chevaliers, de quêtes ou d’aventures ?
Quant aux opérations alchimiques d’Albéric, et à tout le symbolisme autour, je me suis basé sur Alchimie, le grand secret d’Andrea Aromatico, et sur ses nombreuses illustrations, pour y insuffler de la consistance et de la crédibilité. J’irai plus loin en subodorant que la conception d’un univers et son écriture sont semblables à la recherche de la Pierre Philosophale, ce pourquoi Les Mets Immortels foisonne de figures et analogies alchimiques.

Rassurez-vous, je n’allais pas oublier Tolkien. Mais je ne me suis penché sur sa littérature que plus tard, après avoir vu les films, et je ne pense pas que ses romans en eux-mêmes aient pu avoir un effet substantiel sur mon style. Par contre, je tiens à dire que Le Silmarillion, dans son édition reliée de 2021, est un ouvrage magnifique.
Je citerai également Umberto Eco. La relation entre Mâche-laurier et son Maître vous évoquera peut-être celle entre Adso et Sean Connery Guillaume de Baskerville dans Le Nom de la Rose – plus précisement, l’admiration du barde pour son protecteur est un mélange entre celle d’Adso pour Guillaume, et celle de Serge pour Gil dans le jeu vidéo Radical Dreamers (oui, on en revient à la saga Chrono Trigger). Le Pendule de Foucault m’aura fait découvrir la gnose Valentinienne, et mes recherches (Google – ou, comme on dit en Alsace-Moselle, « Koukeul ») ont eues leur incidences sur la manière dont la création de l’univers par Pénélon est décrite, dans Le Bâtisseur de Mondes.
Concernant Lovecraft, je n’ai commencé à le lire qu’après avoir achevé Albéric – mais cet auteur est tellement ancré dans la culture qu’il m’aura naturellement influencé d’une manière indirecte ; et pour cause ! Mon univers grouille d’abominations et d’horreurs cosmiques de tout poil !
Oh et, concernant Pandémonium, ultime nouvelle des Mets Immortels, il se peut qu’on y décèle l’ombre discrète de San Antonio.
VARIAS
Du reste, j’ai toujours été féru de mythologie en tout genre, alors je pourrais ajouter les mythes grecs, sumériens ou égyptiens, l’Edda de Snorri, l’Enfer de Dante, la démonologie, la Kabbale, ou l’imaginaire médiéval chrétien… et même le tarot ! Ceci, en plus de la musique et des voyages. Les voyages, qu’ils soient psychédéliques ou en des contrées étrangères, peuvent être source d’inspiration et de dépaysement. N’oublions pas, pour finir, que je suis un immense admirateur de Leiji Matsumoto. La bravoure et la mélancolie qui baignent ses récits ont, je le suppose, leurs répercussions sur ma façon de concevoir une fable.
Je conclurai en disant que l’inspiration peut trouver ses déclencheurs partout : une superbe image trouvée sur le net, un tableau, une ancienne gravure…

C’est tout pour aujourd’hui ; on se revoit en convention !
AdS
